« J’aurais pu peindre à l’aveugle »

Enrik Helenius, c’est le peintre abstrait qui laisse ses mains manier les pinceaux au rythme de ses émotions. Sur des toiles à l’acrylique, il décrit tantôt le souffle de la peur, tantôt la nostalgie d’une odeur de madeleine ou encore le pourpre d’une colère contenue.

Nous l’avons rencontré chez lui, dans son atelier aux Batignolles.

Vous n’avez pas commencé peintre abstrait. D’où vient votre goût de la peinture et de l’art pictural en général? 

J’ai fait mes classes dans l’école impressionniste, en France. J’admirais, entre autres, Robert Pinchon, pour son œil étonnant, sa capacité à donner des reflets à n’importe quel élément du paysage. J’aimais aussi Berthelot, dont j’essayais d’imiter les paysages normands enneigés. 

Alors pourquoi ce virage à la peinture abstraite ? 

C’est arrivé par un événement qui a bouleversé ma vie. À 14 ans, j’ai retrouvé un être cher que j’avais perdu depuis longtemps : ma petite sœur, qu’une série de circonstances avait emmenée au Liban pendant la guerre. Nous ne parlions pas la même langue et pourtant, j’avais tellement de choses à lui communiquer! C’était une sensation nouvelle, et ça me bousculait. Alors je me suis posé la question de comment communiquer le bonheur. 

J’ai pris une toile, des pinceaux et j’ai exprimé ce que je ressentais dans la minute. Je suis allé vite, parce que je me disais que le temps allait atténuer ces émotions. 

Et qu’avez-vous peint?

À ce moment-là, le bonheur, c’était des traits vifs, des couleurs chaudes, qui ne ressemblaient à rien de figuratif mais qui éclataient en moi. J’aurais pu peindre à l’aveugle, si je n’avais pas eu besoin de savoir où étaient mes couleurs (rires). C’était la toile Espoir, encore visible sur mon site web. 

C’est de là qu’est venu mon attrait pour ce qui ne se voyait pas, mais qui vivait, bien présent dans nous et autour de nous.

Donc vous ne choisissez pas forcément ce que vous allez peindre? Ce sont les émotions qui le dictent?

Je ne me laisse pas toujours dicter ce que je peins, même si pour une bonne part, mes œuvres sont issues de ce qui se passe dans l’instant présent. Parfois, j’aime me plonger dans un souvenir, écouter de la musique… Alors je sens monter ces formes, ces couleurs, ce rythme soutenu ou lent qui fait danser mes pinceaux.  

Souvent, vos peintures abstraites font revenir des éléments plus ou moins figuratifs. Comme par exemple celles qui semblent représenter une ville. La toile « Minuit » en est un bon exemple.

C’est une interprétation comme une autre. L’art abstrait n’interdit pas de voir du figuratif dans les travaux des peintres. De mon côté, je me donne pour consigne de ne dicter l’interprétation de personne. Même la peinture la plus fidèle omettra des détails, ajoutera certains éléments issus de la seule grille de perception du peintre. 

Alors il serait malvenu d’expliquer aux gens ce qu’ils doivent voir.

Et sur cette toile précisément, que pensez-vous ?

Les éléments du monde réel influencent les rêves que l’on fait. Alors pourquoi pas les œuvres que l’on peint! 

 

 

Catégories : Loisirs

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